Les dessous chics de “la Crise”
Leçon numéro 32: “les inciter à méditer…”
Permettez-moi ici de faire la promotion non pas d’une marque de sous-vêtements bien connue mais d’un… édito du 12 avril G20 : d’une métaphore à l’autre , particulièrement intéressant écrit par François Morin, professeur de sciences économiques à l’université de TOULOUSE I, membre du conseil de la Banque de France pendant dix ans, a travaillé avec Strauss-Kahn et a côtoyé quelques personnalités du grand patonnat.
Ce monsieur a aussi écrit un livre en 2006: “le nouveau mur de l’argent”
Petite phrase relevée dans ce livre: (ci-dessous après l’illustration)

leçon n°32: “les inciter à méditer” (revue et corrigée numériquement, en vert …)
” Finalement face à ce mur de l’argent qui s’élève actuellement et dont la dimension est évidemment planétaire, la question de la confrontation politique avec les citoyens de la planète – et de la forme qu’elle pourrait prendre – se pose de façon cruciale. Peut-on imaginer un pouvoir de régulation qui soit opposable à cette finance globalisée ? Une des ambitions de cet ouvrage est également d’amorcer une piste de réflexion face à ces questions redoutables .”
(Je remercie l’ami m’ayant fourni les informations ainsi que la société Aubade, qui j’espère me pardonnera les retouches faites sur sa publicité… Et en cette période de crise, je vais me lancer momentanément dans le body art humoristique…)
Je copie/colle ci-dessous le texte : Le G20, d’une métaphore a l’autre
Pour expliquer les dernières décisions du G20, les responsables politiques ont usé et abusé de la métaphore de la maison qui brûle. Il faut d’abord éteindre l’incendie, ce sont les mesures de relance de l’économie mondiale ; il faut ensuite reconstruire la maison selon de nouvelles normes, ce sont les mesures visant à établir de nouvelles régulations de la finance mondiale. Cette métaphore est bien commode. L”économie mondiale vient de connaître un accident (le feu), il faut alors l’éteindre (avec des extincteurs qu’on doit désormais prévoir plus gros, ce sont les ressources supplémentaires du FMI), enfin établir de nouvelles règles de sécurité (avec la création du Comité de Stabilité Financière).
La thèse de l’accident n’est pas innocente. Elle évite de mettre trop l’accent sur les causes de la crise et, au contraire, d’insister sur les mesures d’urgence et sur les réparations à engager, évidemment en faisant mieux. Du coup, on fait du passé table rase et il devient alors beaucoup plus facile d’envisager l’avenir sous des cieux plus radieux. Et du reste, on prévoit de se revoir en septembre prochain pour vérifier que la reconstruction de la nouvelle bâtisse (celle de l’économie mondiale) est bien sur la bonne voie.
La limite de cette vision métaphorique, celle des causes de la crise, se lit également dans la déclaration finale du G20. A aucun moment, le texte pourtant très long, n’a osé écrire le mot « banque (s) » pour signaler le rôle de ces institutions dans le cataclysme actuel et son déclenchement. Au contraire, la seule fois où il est fait référence au « système bancaire », c’est pour indiquer le « large soutien » que les pays du G20 leur ont apporté pour restaurer la croissance (point 8 de la Déclaration). Cette absence d’explication crédible des causes de la crise nous invite à changer de métaphore pour mieux prendre la mesure des défis à relever. Ceux-ci sont considérables.
La métaphore médicale va nous y aider. On a souvent dit ces derniers temps que la finance globale était devenue « folle ». Le fait est que cette folie a eu un impact sur l’économie mondiale, en la mettant en état de choc (baisse de la croissance économique dans tous les pays du monde). Les vecteurs de cette transmission ont été précisément les banques. Celles-ci ont été contraintes de limiter leur activité (raréfaction du crédit) en raison des difficultés qu’elles ont rencontrées suite à l’achat de produits risqués qui se sont révélés par la suite toxiques. Toute la question revient alors à comprendre pourquoi les banques se sont adonnées à ces achats dangereux. Or, dans cette recherche clinique, il est possible de découvrir en réalité les foyers d’infection, particulièrement virulents, et probablement cancérigènes, qui ont atteint la finance globale. La déclaration du G20 s’apparente alors à une ordonnance où l’on injecte une forte dose de morphine… On doit craindre que ce remède ne soit pas suffisant pour guérir le corps malade de l’économis mondiale.
Deux grands foyers d’infection sont parfaitement repérables : le foyer monétaire et le foyer de la valeur actionnariale. Le traitement du premier relève plutôt d’une intervention chirurgicale car la zone problématique est parfaitement circonscrite. Le traitement du second foyer est beaucoup plus complexe, car il a produit des métastases qui se sont déjà répandues un peu partout.
1. La virulence du foyer monétaire tient au départ à la double libéralisation des marchés monétaires ; libéralisation des changes au début des années 1970, et libéralisation des taux d’intérêt au début des années 1980. Pour protéger l’économie réelle de ces deux chocs, une industrie financière de couverture des risques s’est développée. Les firmes doivent en effet se couvrir contre les risques liés aux variations des taux de change et aux variations des taux d’intérêt. Grossissant à vue d’oeil dans les années 90, cette industrie s’est mise à couvrir des risques de toute sorte avec des produits de plus en sophistiqués, échangeables sur les marchés financiers. A la fin des années 90, les banques ont eu alors l’idée de se défaire des risques liés à leurs crédits en procédant à la titrisation de leurs créances, c’est à dire en transformant en titres financiers échangeables sur le marché les créances qui étaient à leurs bilans, et notamment leurs créances immobilières.
Quand la bulle immobilière a éclaté à la fin de l’année 2006 aux Etat-Unis, et que les taux d’intérêt ont augmenté, les titres liés aux crédits immobiliers des ménages américains les plus fragilisés ont commencé à devenir toxiques. Le phénomène a pris une ampleur d’autant plus grande que ces titres pouvaient à leur tour entrer dans la composition de titres « structurés » plus complexes, qui, par ricochet, devenaient eux aussi toxiques.
A la veille de la crise des subprimes, la sphère financière était devenue hypertrophique par le nombre de ces produits de couverture et par le volume de leurs transactions : près de 40 fois supérieur au volume des transactions de la sphère réelle. Or, il n’y a pas de produits de couverture sans contrepartie spéculative. Et la spéculation se nourrit aussi bien d’une bulle qui se forme, que d’une bulle qui éclate, puis se dégonfle. Voilà le facteur cancérigène. La tumeur liée à l’hypertrophie de la finance globale n’aurait pas également pu se développer sans les effets de levier d’endettement gigantesques rendus souvent possibles par les banques elles-mêmes, notamment en raison de leurs opérations hors-bilan.
Le G20 prévoit de contrôler l’évolution de la tumeur et non de l’éradiquer. Il laisse inchangé les logiques de formation des produits de couverture et donc de fonds spéculatifs. Pourtant, quand on voit la composition de cette tumeur (pour l’essentiel, des produits de couverture des taux de change et des taux d’intérêt), il suffirait de revenir sur le double mouvement de libéralisation des marchés de la monnaie pour dégonfler, d’un seul coup, la sphère financière et permettre aux acteurs de retrouver des horizons temporels longs pour leurs échanges internationaux et leurs financements. Concrètement, cela revient à bâtir un nouveau système monétaire international, en fixant des règles du jeu sur l’évolution des taux de change et des taux d’intérêt, bref à terme, concevoir la monnaie comme un bien commun de l’humanité. Cela revient aussi à abandonner le règne de l’étalon dollar. Bref, une véritable opération chirurgicale.
2. L’autre foyer qui ronge l’économie mondiale et la destabilise, se voit dans les pratiques liées à la valeur actionnariale. Issue de lois fiscales américaine (loi Erisa, plan 401K), la gestion des fonds de pension par capitalisation change du tout au tout durant les années 80. Elle devient beaucoup plus agressive en raison de la concurrence que se livrent entre eux les principaux gestionnaires de fonds pour récolter l’épargne retraite. De là naît la norme financière des 15% de retour sur investissement comme gage de l’efficacité de leurs placements. Cette norme implique que les gestionnaires de fonds deviennent hyperexigeants, comme actionnaires, lorsqu’ils placent, par exemple, les ressources qu’on leur a confié dans les firmes cotées en bourse.
Derrière les formules de « valeur actionnariale » ou de « création de valeur pour les actionnaires », il faut naturellement y voir l’emprise croissante des investisseurs institutionnels sur la gestion de l’entreprise et sa financiarisation. La « nouvelle gouvernance » des firmes apparaît alors en Grande Bretagne au début des années 90 et dans le reste de l’Europe ensuite. Les pratiques de la valeur actionnariale ont changé complètement le visage des firmes, leur gestion et leur organisation. En effet, l’exigence d’une rentabilité financière fixée a priori implique un transfert de risque massif sur la gestion de l’entreprise qui se voit contrainte dorénavant à une obligation de résultat. Qui plus est à un niveau tout à fait redoutable.
Le résultat sur la relation de travail est considérable. L’organisation du travail, le marché du travail s’en trouvent bouleversés. Les pratiques de flexibilisation, d’externalisation, de délocalisation se multiplient. La pression financière sur le monde du travail devient telle que les dépenses de santé augmentent de façon nette ; puis sont venues les plans sociaux alors même que les firmes dégagent des profits ou encore les « licenciements boursiers ». Faire du profit n’est plus suffisant. Il faut maintenant atteindre la norme exigée par les nouveaux actionnaires. On le comprend, ces nouvelles pratiques sont intenables ; elles ont été à l’origine de la déformation de la valeur ajoutée au détriment des salaires durant les années 90. Elles sont à la source des inégalités de revenu criantes que l’on observe aujourd’hui. Aucune trace de ces questions ne figurent dans la déclaration finale du G20.
Les pratiques liées à la valeur actionnariale et à la nouvelle gouvernance des firmes touchent l’ensemble des firmes qui sont cotées dans les différentes places financières du monde. Mais, les grands investisseurs s’intéressent de plus en plus aux entreprises non cotées. Mais là, comme le risque apparaît plus grand, l’exigence de rentabilité passe à un niveau nettement supérieur, de l’ordre de 25%… Ne peut-on pas penser que l’extension de cette logique effrayante à un nombre immense d’entreprises est analogue à une prolifération de type cancérigène ?
Quels sont les moyens pour lutter contre cette prolifération ? La réponse à cette question est redoutable, car ici, il n’y a pas de solutions miracles. Certes, il faudrait que les Etats Unis acceptent de revenir sur leurs lois fiscales, mais il très probable que le lobby des grands investisseurs s’y opposerait de toute ses forces. D’autres pistes mériteraient d’être explorées. Indiquons les rapidement. Tout d’abord, la consolidation des secteurs mutualistes, coopératifs et associatifs en les aidant à retrouver leurs principes fondamentaux de solidarité. Ensuite, la transformation des sociétés de capitaux actuelles en véritables firmes alternatives partenariales dont il faudrait élaborer les principes de gouvernance, d’attribution des droits de propriété et de répartition des résultats. Enfin, proposition en apparence iconoclaste, mais dont on peut assez facilement justifier le principe : la suppression des bourses actions. Celles-ci en effet ne sont plus depuis longtemps pourvoyeuses de capitaux nouveaux.
La thérapie de sortie de crise que nous propose le G20 n’aborde pas ces questions pourtant essentielles. Ne s’apprête-t-il pas déjà à renouveler ses injections de morphine en septembre prochain ? Le corps malade de l’économie mondiale s’en portera peut être un peu mieux, mais pour combien de temps ?
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~ par Sylvie le 28 avril 2009.
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